Cérémonial du deuil chez les Myènè (Cas Galwa, Nkômi, Orungu, Enenga)
- Awono yi Nkolo

- 6 août 2023
- 14 min de lecture

I) CHEZ LES GALWA/NKOMI/ORUNGU…
Après avoir évoqué l’organisation du deuil chez les Mpongwè/Adyumba nous allons voir comment cela se passait chez les Galwa, Nkomi et Orungu. Comme l’organisation était quasi identique chez les trois sous-groupes, celle organisée chez les Galwa car plus riche en détail, sera prise en référence pour les Nkômi/Orungu. Nous verrons aussi comment cela se passait chez les Enenga.
A) Avant les Funérailles
Comme nous l’avons vu chez les Mpongwè/Adyumba, aussitôt après le dernier soupir du défunt, les tam-tams annonçaient sa mort, on pouvait également envoyer un messager « igende » pour annoncer la nouvelle. Plus tard quand l’usage des armes à feu furent introduite des coups de feu étaient tirés dès que la mort du nouveau défunt était annoncée. Le coup de fusil tiré servait d’annonce mortuaire. Plus le personnage était important plus la fusillade était grande. Par exemple lorsqu’il s’agissait d’un « OGA » (chef ou « roi ») on y procédait par intermittence toute la journée aussi bien que toute la nuit.
Également avant le départ du cortège funèbre pour le cimetière des coups de fusil étaient tirés, la même scène était répétée juste avant d’arriver au cimetière, et on faisait éclater de la poudre (à fusil) pour empêcher les esprits errants de prendre place parmi les vivants.
Une fois l’information transmise dans la contrée, tout le monde comprenait qu’un décès était arrivé.
Le pasteur OGOULA MBEYE raconte la suite : « Les parents, amis et beaux-parents dans les diverses familles accourent, quand ils le peuvent, pour pleurer le mort. Des personnes étrangères viennent également. D’où le dicton : « iwoga, nungwanani » - dans le deuil on s’entraide -. Celui qui aura porté son concours à l’occasion d’une mort quelconque sera aussi à son tour secondé. A cet effet, un adage, dit que : « dyuwa, e zele n’abengi ». Ce qui signifie qu’à l’occasion d’une mort il n’y a pas de rancœur pour l’indifférent sur qui s’abattra immanquablement un jour le même malheur entraînant la même indifférence puisque la mort est une inexorable fatalité.
Si le décujus (le décédé) est un homme polygame, ses femmes se placent du côté de la tête et le mort repose à tour de rôle sur la poitrine d’une d’entre elles. Si, au contraire, il est monogame, sa mère, ses sœurs et cousines germaines viennent participer à la relève de la femme, car toute la nuit durant, le mort ne repose que sur une personne. Même dans le cas de la polygamie, la mère, les sœurs et cousines germaines viennent relever les épouses à qui on ne peut laisser tout le soin de ce pieux office » Nous voyons donc qu’ici aussi la coutume était la même que chez les Mpongwè/Adyumba. Laissons donc le Pasteur OGOULA continuer cette description de nos coutumes mortuaires : « Si le mort a succombé à une maladie contagieuse, les siens, c’est-à-dire ses femmes, sa mère, ses sœurs et cousines prennent place du côté de la tête sans toutefois l’appuyer contre leurs seins. Les parents éloignés s’asseyent du côté des pieds et les assistants un peu partout dans la case, d’où le dicton ivili et isôgô qui dit : « Kumwamôngô g’omo swè, molèli go matambi ! ... ». Ce qui veut dire : « la première place aux proches parents les autres aux étrangers ». Ce même adage veut nous expliquer aussi que, pour toute chose, il y a un responsable. Il n’y a pas de raison que, dans le bonheur on se trouve souvent enclin à établir un responsable qui revendique tous les droits et, que cette même revendication ne soit pas reconnue dans le malheur.
La place dans la maison mortuaire est réservée aux femmes qui pleurent et aux orphelins. Dans le cas où le défunt n’aurait pas de garçon, la place est cédée à ses neveux ou ses petits-neveux ou bien alors à ses esclaves, quand il en a. Les autres hommes prennent place dans la cour autour du feu. Dès le dernier soupir, la première préoccupation des hommes consiste à couper un gros bois de chauffage. Les femmes, elles, amassent des brindilles. Le tout est entassé dans la cour du village, devant la case mortuaire.
Chez les Galwa le mort n’est pas enterré le jour même mais le lendemain. Si c’est une haute personnalité, son corps reste exposé pendant deux jours, à moins qu’il ne soit décédé d’une maladie reconnue contagieuse par la tradition. Dans ce cas, s’il est mort dans la journée, on peut aussitôt l’enterrer et cela quand il n’aurait pas de proches parents dans le village.
Pendant qu’on pleure le mort, quelques parentes du défunt s’occupent de lui assouplir les membres. La tradition dit que le fantôme dont les membres se seraient raidis le jour de la mort resterait paralysé et ne pourra nullement errer librement. Alors que les femmes pleurent, un proche parent du défunt se lève, cogne la paroi de la case et s’écrie : « cessez momentanément vos pleurs, vous avez encore beaucoup de temps ». Aussitôt le calme se fait. L’orateur demande alors à l’assemblée : « si parmi vous, le défunt était débiteur, faites-le savoir proesente cadavere (en présence du cadavre) ». « Si par contre il y a des gens qui sont ses débiteurs qu’ils le déclarent ». A ce moment, s’il se trouve un ou plusieurs créanciers du défunt, ils font leurs déclarations, chacun à son tour, en citant les témoins – généralement, la femme ou un frère du défunt. Les débiteurs en font de même.
Quand les femmes qui se livrent à l’évocation des esprits – wi re pôgapa abambo – viennent pleurer le mort, elles prennent le soin de poser préalablement sur leur tête des feuilles de « alèmbètôgô » dans la crainte de subir l’influence des esprits qui les hantent. Et, toutes les personnes des deux sexes qui viennent assister à une veillée mortuaire, se marquent le front de charbon pour essayer de passer inaperçues aux esprits errants.
Quelquefois, au beau milieu de la nuit, un « sorcier » (*plutôt Oganga) en veine de divination se met à révéler les secrets de l’au-delà. Prenez garde, dit-il, le défunt veut emmener avec lui l’un des siens. Tous les parents du défunt, saisis de frayeur, suivent attentivement les révélations du « sorcier ». Terrifiés, ils croient tous les dires (de l’oganga) et prient celui-ci de retenir l’âme de la personne convoitée par le défunt. Après plusieurs exhibitions magiques, le féticheur fait semblant de tenir dans ses mains quelque chose de mystérieux et il fait à l’assemblée : « bo ! » - au loin ! -. Le sorcier, toujours accroupi, les mains à terre, fait un nœud dans sa peau de genette ou tout autre animal indiqué par la pharmacopée Galwa et dit « j’ai saisi l’âme désignée ». Il révèle alors le nom de la personne en partance qui devra le suivre jusqu’à son home pour recevoir les soins nécessaires qui lui feront reprendre son état normal. Avant d’engager, après la veillée, tout pourparler, on cognera la paroi de la case pour faire cesser tout bruit et retenir l’attention de l’assemblée. (…) »
Comme nous l’avons également vu pour les Mpongwè, « à l’occasion du décès d’un chef, nous révèle le pasteur OGOULA, lorsque le corps se trouve exposé dans la case, tous ses enfants et neveux (enfant du frère du défunt) présents viennent entourer le mort et défendent l’entrée aux frères, sœurs et neveux – enfants des sœurs – du défunt qui s’efforcent de se frayer un passage : « A pyaganaga vènô, okili nde ? Nguw’e bomwa !... A pyaganaga vènô, okili nde ? Nguw’e bomwa !... » Ce qui veut dire : « ils ne passeront que par la force ». Cette manifestation se répète chaque fois que des parents maternels du défunt se présentent, même après l’enterrement, jusqu’à ce que ces derniers se frayent de force un passage ou que les défendeurs parfois en petit nombre se laissent convaincre. Durant toute la veillée, ce ne sont qu’ignobles injures qui sont proférées au son du tam-tam, que chants de guerre tels que :
« Njègô ya dyuwa, aleno, evèmbe…e !...
Njègô ya dyuwa, aleno, evèmbe…e !...
Siya kwè, siya moñè,
Mbari mi gwèndi go siya moñè !...»
La signification probable de ce chant est le suivant :
« Panthère décédée, point de pleurs. C’est une héroïne !... Sous peu, elle sera enterrée demain, sa queue s’en ira en terre !... » (ce chant d’après POUNAH est à l’origine un chant Ivili baragouiné par les Galwa)
A la levée du corps, chacun prend une tige de bananier pour en faire une chicotte et s’en sert contre n’importe qui. Les jours suivants, chaque fois que des étrangers viennent des villages voisins pour faire leur visite de condoléances, cette scène de flagellation se répète. Ce n’est qu’après cette manifestation rituelle qu’on introduira les étrangers dans la maison mortuaire pour pleurer et engager enfin la conversation d’usage. Voilà ce que la coutume d’antan a voulu dénommer « Osingi ».
B/ Pendant les funérailles
« Au départ pour l’enterrement, femmes et enfants restent enfermés dans les cases car ils ne convient pas qu’ils voient partir le convoi funèbre. Autrefois, le cadavre était enveloppé dans de vieilles nattes (Ogumbu w’onja). Puis les Galwa prirent l’habitude de confectionner des bières. Le cadavre était transporté fixé par une perche - ntandô – (le même Otando que nous avons mentionné chez les Mpongwè/Adyumba). Une fois le corps levé, il devait être transporté d’une traite jusqu’au lieu d’inhumation. Lorsque la distance était considérable, les porteurs devaient se relayer mais sans jamais poser le cadavre qui revêtait, pour la circonstance, un caractère sacré. Les gens qui participaient au convoi et qui était d’un nombre pair s’affublaient de déguisements pour effrayer et éloigner les esprits malfaisants.
Ils se maquillaient de charbon de bois, revêtaient des gris-gris de toutes sortes, notamment les talismans de guerre et portaient des herbes aux bras et aux pieds.
Aucune fosse n’était aménagée pour l’ensevelissement des cadavres qui restaient déposés aux pieds de grands arbres. A la fin du convoi, chacun s’efforçait de racler des écorces d’arbres en recueillait une poudre colorée dont il frottait son visage. Comme on l’a vu chez les Mpongwè/Adyumba et c’est d’ailleurs le cas chez bien des peuples du Gabon, on « procédait parfois à l’autopsie du cadavre. Le chirurgien appelé : « Ncigo » - chimpanzé – revêtait le déguisement de cet animal pour la circonstance. Femmes et enfants étaient ainsi persuadés que c’était ce singe qui se livrait à cette opération (…).
Après leur exode, les Galwa, quand ils surent fabriquer les pirogues, commencèrent à se rendre aux cimetières assez éloignés le plus souvent à l’aide de ces embarcations. Lorsque le défunt était un chef ou une haute personnalité, son cortège funèbre était formé de deux ou plusieurs pirogues. Au départ comme à l’arrivée, les gens du convoi chantaient en entonnant préalablement l’antienne : « Mangango, wo !... Mangango, wo !... Bokayo, wo !... o o… »
Comme pour le cortège terrestre, les gens de l’assistance restaient en nombre pair et l’on procèdait aux mêmes déguisements pour se rendre au cimetière ; tout le cortège s’en allait à l’aventure. Seule la personne qui se tenait à la proue connaissait le lieu du débarquement. De sa pagaie, il produisait une gerbe d’eau du côté ou l’on devait mettre pied à terre et le barreur orientait son embarcation dans la direction indiquée par le pilote. Plus tard, lorsque l’on connut l’usage des armes à feu, l’on ne manquait pas de tirer un coup de fusil pour éloigner les mauvais esprits avant de mettre pied à terre.
Il existe de nombreux tabous dans les cimetières Galwa (et Ngwè-Myènè en général) et nombreux sont ceux qui les observent encore de nos jours. Tomber au cimetière, c’est un tabou. Si une personne venait à tomber au cimetière, il lui faudrait un sorcier (Oganga) pour remédier aux conséquences néfastes qui peuvent en découler. Il est défendu de cracher au cimetière ni même d’appeler quelqu’un par son nom. Chaque clan avait son coin de terre pour l’inhumation. »
II) CHEZ LES GALWA/NKOMI/ORUNGU/ENENGA (Suite et fin)
C/ Après les funérailles
« Au retour du cimetière, chacun se met à oindre ses pieds avec de l’huile déposée sur une feuille à cette intention à l’entrée de la case mortuaire. La conversation d’usage s’engageait alors. Lorsque les résultats de l’autopsie sont négatifs l’on dit : « Ncigo yè kandanga, a diwo pupu ». C’est cette phrase qui faisait croire à femmes et enfants que c’était un chimpanzé qui réalisait l’opération d’après POUNAH. Et, les parents de pleurer et de regretter qu’un sortilège ait choisi le défunt, ou, contrariés, réunissent leur vengeance car ils restent persuadés que le décès a été provoqué par quelque ennemi, détenteur de « vampire ». Si, au contraire l’autopsie a révélé des « iñemba » ou parfois la présence d’un bébé dans le ventre du défunt, dans ce cas, le défunt était négligé. Rarement la mort était naturelle chez les Galwa ; toute mort était provoquée par le « Oñemba-ñemba ». (…) »
Toujours après leurs sédentarisations, là où ils se trouvent aujourd’hui, et quand les déplacements en pirogues sont devenus la norme, les Galwa après un long voyage pour aller enterrer le défunt, de retour du cimetière « usait toujours d’huile pour en oindre les pieds et on ne devait jamais négliger cette pratique. Au retour, une personne, homme ou femme, se tenait debout à l’arrivée du cortège munie d’une feuille pliée en cornet, elle était chargée d’asperger l’assistance en signe de purification. »
D/ Elombè ou « pourparlers » et le retrait de deuil
D’après le pasteur OGOULA MBEYE « Quand le moment prescrit par les parents pour le retrait de deuil est proche, on amasse les vivres et la boisson nécessaires pour les parentales. Toutes les préparations faites, les intéressés sont convoqués pour le jour fixé. Dès leur arrivée, on s’enquiert premièrement auprès des veuves pour savoir leurs opinions sur les divers prétendants. Pour cela, chaque parent qui a l’intention d’hériter d’une veuve remet une noix de palme à une sœur, une cousine ou une tante qui la présente à la veuve sollicitée qui la prend le cas échéant ou la retourne dans la négative.
Parfois, deux ou trois concurrents optaient pour la même veuve. Dans ce cas, si celle-ci retenait la candidature par exemple d’un neveu par rapport à un oncle rival ou bien encore d’un jeune frère à l’encontre de son aîné, le candidat malheureux s’opposait énergiquement à cette union. Il prétendait la primauté de son rang familial et il fera tout pour faire avorter le désir de la veuve qui se décidera bon gré mal gré à le prendre pour mari. C’est alors qu’on procédera à la veillée funèbre. Un connaisseur de la danse macabre « Abambo » ou éventuellement de l’ « Ombwiri » donnait le branle à la veillé. Parfois l’on dansait l’ « Emama » ou le « Nkônjô ». Quelquefois encore, un déclamateur (un Okambi) contait toute la nuit durant une légende antique au son du tam-tam. »
Au sujet des pourparlers à l’occasion d’un décès, l’érudit de la tradition Galwa Paul-Vincent POUNAH, ajoute « comme nous l’avons dit dans le mariage : « (…) B’idyomba, b’igambo », nous verrons qu’un mari qui a le malheur de perdre sa femme ou l’un de ses enfants, a un compte à rendre aux « Ogôyi ». C’est ainsi qu’à chaque occasion de décès « Ge re elômbè » -il y a causerie-. La règle veut que : « Iwônga n’oma, izoña n’oma ». Elle s’appuie en outre sur l’adage qui dit : « Ewèrè z’awani, ze re kero n’ano » cela signifie : « Une viande pour deux, ne peut être partagée avec les dents. »
Quand c’est le mari qui meurt, la femme est obligée de se choisir un autre époux dans la famille du défunt. Au cas de refus, il y a remboursement de dot avec retour partiel ou complet du trousseau à la famille du défunt. Nous avons donc dit « iwônga n’oma, izoña n’oma » ce qui commande un responsable pour la « prise » et pour le « dépôt ». C’est le précepte qui motive obligatoirement le compte-rendu du mari aux parents de sa femme en cas d’un décès de celle-ci ou éventuellement d’un enfant issu de cette union. Le cas échéant, les « Ogôyi » étudient la possibilité de remplacer par une parente, la femme défunte. Cet acte est dit : « manji »
Néanmoins, la femme ainsi désignée n’était pas obligée d’accepter la proposition. En cas de refus par elle à rejoindre son nouveau mari, la « manji » se passait du remboursement de la dot. L’usage de celle-ci finissant avec la mort de l’épouse. Mais, lorsque la « manji » ayant séjourné un moment dans son nouveau foyer et en exprime le refus de continuer à marier le veuf, il y a remboursement de dot. Cette union ayant été revalidée par son acceptation d’être « manji »
III/ CHEZ LES ENENGA ET…QUELQUES REMARQUES FINALES
Chez les Enenga les cérémonies entourant le deuil semble être les mêmes que chez les autres Ngwè-Myènè. En effet chez eux aussi, comme nous l’avons vu chez les Galwa, autrefois le corps des chefs étaient placés au pied d’un gros arbre, un fromager, dans une position assise. Les Enenga les déposaient aussi précisément dans le creux dudit fromager.
Ensuite aux abords du village ou au cimetière, on leur dressait une tombe votive, appelé « Abawo » en myènè, une espèce de mobilier funéraire sur laquelle on disposait divers objets et aliments ayant appartenu au mort pouvant lui servir dans l’autre monde où il était allé rejoindre ses ancêtres. Nous avons vu que les Galwa et Mpongwè faisaient de même. Ce n’est que bien plus tard, qu’ils prirent l’habitude d’enterrer leurs morts et notamment leurs chefs avec faste.
De même chez les Nkômi/Orungu la pratique sus évoquée a été abandonné et les chefs étaient enterrés exactement comme chez les Mpongwè, accompagnés de certains de leurs « esclaves » morts ou vifs avec tous les objets lui ayant appartenus.
Chez tous les Ngwè-Myènè les gens portaient « elembo », le bandeau noir en signe de deuil. Toutefois, il semble que la pratique de laisser le corps d’un chef défunt prêt d’un grand arbre ou d’un fromager n’ait pas totalement disparu à la fin du 19ème siècle, même si elle semble avoir été quelque peu « modernisée ». En effet on raconte que NKOMBE y’ADEMBA « roi » des Galwa, à sa mort, ne fut pas enterrer, il fut amené dans une grande forêt dans laquelle il y avait une case où les restes de son corps ont été laissé.
Les Galwa à sa mort ont voulu tuer des « esclaves » conformément à la tradition mais ses derniers ayant vu venir le coup se sont résolus à se défendre fusil à la main. Ce projet macabre fut finalement abandonné.
Autre chose dont je n’ai pas parlé jusque-là... Après que les Ngwè-Myènè aient reçu de leurs frères "Membè" (Mitsôgô, Okande, Apinji, Simba,…) l’enseignement de certaines sociétés secrètes le procédé changeait. En effet, lorsque le défunt était initié à l’une des sociétés secrètes suivantes : Okuyi, Kônô ou Indo chez les Mpongwè, Abanji, Njembè, Omwiri, Yasi…, on invitait sa société secrète à le pleurer. Si c’était un homme qui était décédé on faisait évacuer de la case mortuaire toutes les femmes, les enfants, et les hommes non-initiés des abords de la case, et l’Okukwè ou le Kônô venait. Par exemple à la mort de NKOMBE Y’ADEMBA, « roi » des Galwa, on raconte que « l’Okukwè » est sorti, on dit même que le « Yasi » fit son apparition ce jour pour donner le signal de la nouvelle cérémonie. Tous les hommes ou femmes de l’époque étant initiés, il y avait toujours des hommages des sociétés secrètes. Bien évidemment les hommes qui emmenaient le défunt au cimetière et qui l’enterraient étaient des initiés à Kônô/Indo chez les Galwa et Mpongwè, et probablement Omwiri chez les Nkômi-Orungu. Si les enfants du défunt ou ses neveux n’étaient pas initiés à sa mort ils étaient initiés séance tenante au cimetière !
Pour finir ce propos il ne faut surtout pas croire que cette façon d’organiser les funérailles n’est spécifiques qu’aux Ngwè-Myènè. En fait en dehors de quelques différences, la majorité des peuples du Gabon et quasi toute l’Afrique noire procédait de la même façon, ce qui montre notre unité culturelle profonde. Mais ça… c’est une autre histoire.
NB : Oñemba-ñemba n’est pas le « sorcier » ou le « vampire » comme on a l’habitude de l’entendre de nos jours. La bonne traduction de ce terme est le « mangeur d’âmes » ou encore, « celui qui se nourrit de l’énergie spirituelle ou la force vitale d’autrui » en la dérobant. En outre le possesseur de « l’iñemba » n’est pas forcément une mauvaise personne tout dépend de l’utilisation qu’il en fait. L’ Oñemba-ñemba n’est que l’initié au cœur mauvais qui utilise son « iñemba » et « l’iñemba » d’autrui pour se renforcer (en mangeant celui de ses victimes) et donc faire du mal. Le rôle de « l’Oganga » qu’on n’a trop confondu à tord à l’Oñemba-ñemba ou au « sorcier » est justement d’empêcher l’Oñemba-ñemba de nuire.
Sources : Notes de Mgr. André Raponda Walker, tirées des archivres de M. Paul Posso Darius, Universitaire. Cité par Ezango, bulletin spécial du 10ème anniversaire de la fondation des quatre saisons page 48-49 et O’gwèro Diop, Eliwa Zi Ngaba, p. 125-126. Le texte a été quelque peu modifier par mes soins, les astérisques sont également de moi. Correction Omyènè apportée en sus par ezango.store
© Auguste RETENO-NDIAYE | FB : Groupe Myènè et Fier de l’être



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